notre section de reconnaissance composée uniquement d'Officiers et d'Aspirants, fait mouvement aussitôt . Elle trouve très vite le contact et l'Aspirant Berger est tué. Simultanément , la 8eme Compagnie est transportée en hâte à Rupt. Le 3 à midi elle occupe Fredrupt, la 10eme Compagnie la suit et dans la soirée elle s'enfonce dans la forêt du Gehan où elle est stoppée très rapidement.
la 9eme Compagnie la rejoint dans la nuit . Toutes deux font sauter au petit jour la résistance Allemande. La 4eme Compagnie , sévèrement accrochée, est dégagée par la Compagnie d'Appui . Elle se replie sur Ferdrupt.
la muraille de verdure qui nous domine est très habitée et solidement tenue par l'ennemi. Notre mission est de déborder le village du Thillot par le Nord, mais les unités Allemandes, masquées par la forêt rendent toute manoeuvre inefficace. Nous risquons de nous faire grignoter par des actions multiples et stériles. il faut sortir de cette impasse.
Je me rappelle alors le dispositif adopté par les Allemands dans une situation assez semblable lors des combats précédents la prise de Narvik. Les unités Allemandes sont vraisemblablement installées de part et d'autres de la crête proprement dite et doivent tenir la crête Militaire.
je fais part au Colonel Geille de mes réflexions et lui soumet l'ordre que je pense donner . Il l'aprouve : les compagnies , les unes après les autres, progressent colone par un, le Colonel Geille et moi dirigeant la marche.
les Commandants de compagnie sont surpris par cette progression aussi peu académique, mais comprennent les raisons. La consigne est formelle , silence absolu ! en aucun cas ne se laisser tenter par une action de détail sur un ennemi surpris. Nous devons passer comme des ombres , pour atteindre le col de Morbieu et nous en emparer par surprise, sans avoir été freinés et sans perte.
La nuit est si noire sous les sapins que chaque homme doit tenir le précédent par la musette. Gigantesque mille-pattes , le 1er RCP chemine silencieusement à travers le dispositif ennemi , s'arrête , repart. Je cherche à donner au déplacement la lente et uniforme cadence de la marche en montagne. La crête est vide. nous la suivons scrupuleusement .
à plusieurs reprises, j'entends des bruits d'armes, à droite , en contrebas. je crains que , dans la monotonie de cette progression certainement saccadée par les dernières unités de la colonne, l'une ou l'autre ne se laisse tenter de faire un coup . Mais non , chacun a compris . La discipline est parfaite et nous parvenons à proximité du Col de Morbieu, un peu avant l'aube.
La 10eme Compagnie envoie une patrouille vers le col. Il est occupé par une unité d'Artillerie Allemande qui a aménagé la position. Nous donnons à la 10eme Compagnie l'ordre de prendre le col. Aux premières heures du jour elle se déploie à distance d'Assaut, favorisée par le bruit que font les Allemands , occupés à l'aménagement de leur point d'appui.
L'attaque bénéficie d'une surprise totale. la 10eme compagnie enlève la position , sur laquelle de nombreuses armes , dont deux pièces d'Artillerie de 150, sont récupérées. Le premier Bataillon occupe le col de Morbieu dont il doit assurer la défense . Nous continuons la progression avec le 2eme Bataillon vers la hauteur qui domine le village du.............. Ménil. le 2 / 1 RCP s'installe sur la crête du Midi.
Le 6 octobre, les Allemands contre-attaquent . le 1 / 1 RCP au col du Morbieu repousse toutes les attaques. Le col reste au mains des Chasseurs Parachutistes du 1er. Mais l'ennemi parvient à s'enfoncer entre le col du Morbieu et le col de Rhamme , isolant le 1er RCP qui ne peut plus recevoir de ravitaillement ni évacuer ses blessés.
les chevaux de la batterie Allemande sont abattus et leur viande consommée crue, car nous interdisons d'allumer des feux. Coupés de l'arrière , nous effectuons une série de coups de main.
le 7 octobre, la 1ere et 10eme Compagnie renforcent l'élément qui avait pénétré dans le village du Ménil , mais , l'effet de surprise passé, avait été débordé par le nombre. Les unités Allemandes qui décrochent sont prises à partie par la 4eme Compagnie qui leur inflige des pertes sévères ( 2 chars allemands venus en renfort de Cornimont sont mis hors de combat )
L'absence de tout réapprovisionnement en munitions nous interdit de pousser plus avant. Nous sommes toujours isolés dans la forêt du Gehan . Les blessés s'entassent au PC du Régiment sous la pluie et sans médicaments.
le 9 octobre, le 3eme Régiment de Tirailleurs Algériens , réussit à faire passer un convoi d'Ambulance et de camions de ravitaillement. Les opérations de harcellement peuvent reprendre.
le 15 octobre le Régiment est entièrement maître de la partie Est de la forêt du Gehan . Nous recevons pour mission de nous emparer du COL du MENIL. L'attaque débute le 16, sous une pluie battante.
Le col est pris après 3 heures de combat acharné allant jusqu'au corps à corps. La progression reprend en direction de la cote 1008 . Au soir , nous nous en emparons . Le 1 / 1 RCP demeure au col du Ménil et en assure la défense.
LA PLUIE TOMBE TOUJOURS , le 17 au soir, les Allemands déclanchent une attaque sur 1008.
ils sont stoppés par le tir de toutes nos armes et par une pluie de grenades. La nuit descend. je retire la 5eme compagnie de son secteur et lui donne mission de se porter sur les arrières de l'ennemi et de l'attaquer au petit jour. Renforcé d'une section de la 10eme compagnie , elle déclenche une contre-attaque vigoureuse qui surprend le Bataillon Allemand, lui infligeant de lourdes pertes , et permet de faire de nombreux prisonniers, dont le Commandant Blessé.
Nous pouvons reprendre notre progression vers la cote 1111 . Je fais rejoindre le 1 /1 RCP qui laisse une compagnie au col du Ménil. Nous nous installons définitivement sur 1111. La pluie ne cesse de tomber. Nous repoussons dans la brume plusieurs attaques et , tour à tour , la 5eme et 6eme compagnie dégagent la position.
L'état sanitaire du Régiment devient inquiétant . Les évacuations pour pieds gelés , dites pieds des tranchées, se multiplient. Les effectifs ne cessent de fondre. Ils descendent maintenant à 50 pour cent des effectifs du départ.
Nous avons 129 tués et 339 blessés , ainsi que 280 évacués pour pieds gelés. Le 21 octobre nous recevons l'ordre de nous replier sur Travexin. C'est nécessaire, bien sûr ! Mais quel crève-coeur d'abandonner la partie quand le col d'Oderen semble si proche et l'Alsace à notre portée. Ne pouvant transporter toutes les armes et les blessés, nous enterrons mortiers et munitions, puis nous nous replions à travers le terrain des derniers combats.
TEXTE DE CITATION
décision numéro 528, sur proposition du ministre de l'Air. Le Général de Gaulle, Président du Gouvernement provisoire de la République Française, Chef des Armées, cite à l'ordre de l'Armée Aérienne .
LE PREMIER RÉGIMENT DE CHASSEURS PARACHUTISTES " magnifique Régiment à l' âme jeune et ardente, capable de toutes les audaces et de tous les efforts " sous le Commandement du Colonel Geille, remarquablement secondé par le Commandant Faure, vient de prouver , pendant 15 jours ininterrompus de combats pour la conquête des cols des Vosges, à la fois son habilité manoeuvrière et sa volonté de vaincre. Cette citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre avec Palme.